27/03/2008

 

Question orale de Monique Willocq  à  Benoît Lutgen, Ministre de l'Agriculture, de la Ruralité, de l'Environnement et du Tourisme, sur « la production du Miscanthus en Hainaut » Monsieur le Ministre,On se préoccupe actuellement, après les biocarburants, des perspectives que pourraient nous offrir les biocarburants de seconde génération.Je sais que mon collègue Carlo Di Antonio vous a déjà interpellé concernant le Miscanthus, vous lui avez répondu que, dans les années nonante, des essais en petites parcelles ont surtout visé la maîtrise de la phytotechnie, le désherbage, le choix des cultivars et la fumure. Sur la production d’éthanol, on sait qu’il n’est une solution optimale mais, par contre, le Miscanthus peut être utilisé pour produire des pellets.A travers des documents parus dans la presse belge et française, on apprend que cette plante connait un développement cultural certain dans nos pays voisins et ce dû à son énorme potentiel biomasse avec peu d’intrants.Dans le Hainaut, avec la libération des jachères, il va y avoir de nouvelles surfaces libres qui seront évidemment pour la plupart utilisées pour les cultures classiques mais seront aussi utilisées pour semer du maïs pour servir la biométhanisation (cogénération avec production d’électricité). Or, il faut rappeler que le maïs a la faculté de polluer les nappes phréatiques.On  sait qu’actuellement le marché belge du pellet est fortement porteur mais peu règlementé. En Flandre, par exemple, on fabrique ceux-ci avec de la sciure contenant des insecticides, fongicides, solvants etc.… provenant de menuiseries industrielles locales.Monsieur le Ministre ne serait-il pas intéressant de soutenir la culture de Miscanthus d’une part en certifiant de bonne qualité les plants grâce à un contrôle des rhizomes et d’une autre part en apportant une aide aux personnes se lançant dans cette production  afin de fabriquer des pellets de bonne qualité avec une traçabilité, et de promouvoir d’une autre manière l’utilisation de la surface agricole disponible en Hainaut ?Je vous remercie de vos réponses. Monique WILLOCQ. 


 Réponse du Ministre Benoit Lutgen concernant la culture du miscanthus. Dans le cadre de la production de biomasse agricole à des fins énergétiques, on parle de plus en plus du miscanthus (Miscanthus Sinensis).Communément appelé herbe à éléphants ou roseau de Chine, le miscanthus est une graminée vivace. Selon la littérature scientifique, la production annuelle attendue varie de 15 à 25 tonnes de matière sèche par hectare. Cette production est atteinte trois ans après l’installation de la culture et peut durer au moins une douzaine d’années. L’implantation de la culture se fait au printemps en repiquant des rhizomes. La récolte se fait une fois par an, en mars. La végétation s’est ainsi desséchée durant l’hiver.En Condroz, une culture d’une dizaine d’années, coupée annuellement a permis de récolter en ce début de mois 17 tonnes de matière sèche par hectare.  De même, une culture implantée fin avril 2007 en Hainaut occidental vient de produire  5 tonnes de matière sèche par hectare.  La culture du Miscanthus se développe dans plusieurs régions d’Europe avec quelques centaines d’hectares implantés en Autriche, 7.000 ha en Angleterre et 650 ha en France. Des essais d’implantation de cette culture ont été développés au milieu des années nonante dans le cadre d’un programme européen à la ferme expérimentale du Centre des Technologies Agronomiques de la Communauté française à Strée (Huy). Des parcelles ont également été plantées en 1995 par un exploitant à Havinnes. En 2007, on compte huit nouveaux agriculteurs qui ont implanté une culture de miscanthus.Les investissements à consentir pour développer cette culture sont assez importants. A côté du coût d’implantation de la culture qui est d’environ 3.000 à 4.000 € par hectare, il faut prendre en compte l’absence de récolte lors de la première année et un optimum de la production qui intervient seulement en troisième année. Vu ces investissements très élevés à l’hectare, il importe de maîtriser au maximum la phytotechnie de cette culture et de développer la filière avec des partenaires industriels.Un projet vient justement d’être déposé pour financement à la DGA. Il vise le développement de la culture et des filières de production et associe Valbiom, le Centre Indépendant de Promotion Fourragère (CIPF), une société productrice de chaux (Carmeuse) ainsi qu’une entreprise productrice de pellets (Granubois) à partir du miscanthus. C’est un projet important. J’attends que l’administration vise ce projet, porteur pour notre région.Un herbicide est absolument nécessaire la première année. A ce jour, il n’y a aucun herbicide agréé pour cette culture. Il est donc prévu de réaliser des essais de traitements herbicides en vue de l’homologation, par extension d’agréation, des produits utilisés dans d’autres cultures. J’ai demandé à l’administration d’examiner la situation dans d’autres pays D’autres essais viseront à établir de manière plus précise les besoins en fumure ainsi que l’optimisation de la taille et de la qualité des rhizomes. Le miscanthus n’étant pas originaire de nos régions et n’ayant jamais fait l’objet de recherches à long terme, il existe un grand nombre de provenances de rhizomes avec des potentiels de productivité très variables. Madame WILLOCQ, une certification des « plants », comme cela se fait pour les semences et plants agricoles, serait de nature à garantir l’origine, l’identification, l’état sanitaire et la productivité des différentes souches qui seraient commercialisées. Actuellement, cette certification n’existe pas. L’espèce n’est pas réglementée au niveau européen. Différentes variétés, provenant d’essais réalisés dans d’autres Etats membres et de différents jardins botaniques, seront testées cette année.  Des tests sur la granulation et la combustion au départ de ces variétés seront également réalisés et poursuivis. La coordination et l’encadrement des agriculteurs sont également prévus dans le programme, notamment pour la plantation qui pose le plus de problème car les planteuses devront être adaptées. Actuellement, une société wallonne commercialise des rhizomes en Belgique et au Grand-Duché de Luxembourg.  D’autres intervenants se montrent intéressés. Monsieur SENESAEL, des filières d’utilisation du miscanthus se développent en Wallonie comme la fabrication de pellets et de bio-béton.   Le miscanthus peut également être utilisé pour la dépollution des sols. Une multinationale française du secteur environnemental projette de remettre en état les terres d’une ancienne usine métallurgique en France par « phytoremédiation » à l’aide du miscanthus.  Des valorisations devraient également être possibles pour les boues de dragage. Le miscanthus possède différents avantages environnementaux certains.  C’est un très bon piège à carbone car il capte plus de CO2 qu’il n’en restitue. Le CO2 est stocké dans la plante entière alors que la combustion ne concerne que la partie aérienne. Il est également un très bon piège à nitrate et pourrait donc servir de protection naturelle pour les captages d’eau potable. L’intérêt des agriculteurs va croissant. En un an, la superficie plantée a plus que décuplé.  De quelques hectares implantés en 2007, la surface devrait augmenter de manière significative cette année, malgré les obstacles à surmonter mais avec l’aide de la recherche.  Dans le cadre de l’axe 4 du PDR, des Groupes d’Action Locale peuvent introduire des projets de développement de cette culture et de ses usages. Je les encourage en ce sens.  Nous sommes là pour créer les conditions les plus favorables possibles. Des aides existent dans le cadre de mes compétences et de celles de mon Collègue André ANTOINE. Dans le futur, nous aurons, je le souhaite, au sein de cette commission un débat sur un juste équilibre à trouver entre les cultures à fins énergétiques et les cultures à fins alimentaires ou nourricières.   

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