07/02/2008

La prévention du suicide - Question orale à la Ministre de l'Enfance, de l'Aide à la Jeunesse et de la Santé

Monique Willocq: Madame la Ministre,
Ce 10 septembre avait lieu, sous l’égide de l’OMS, la Journée Mondiale de la Prévention du Suicide. Le thème retenu cette année est la prévention du suicide aux différents stades de la vie.
Cette journée est l’occasion pour le Centre de Prévention du Suicide de rappeler une nouvelle fois que le suicide touche tout particulièrement les personnes de plus de 60 ans. Ainsi pour la tranche d’âge 60 à 79 ans, le suicide est la première cause de décès externe. De plus, plus de 2000 suicides sont dénombrés chaque année (soit environ 6 par jour).
Afin de pallier ce problème, le Centre de Prévention du Suicide insiste pour qu’une action concertée et des programmes de prévention auprès des personnes âgées soient mis en place. Le Centre suggère notamment que prévenir le suicide dans cette tranche d’âge pourrait se faire par l’éducation du grand public ainsi que celle des professionnels de la santé sur les composantes du vieillissement et les symptômes d’un mal-être.
Le 7 février dernier, en réponse à une question orale, vous informiez notre commission du travail réalisé en Communauté française pour prévenir le suicide. Ainsi, le sous-groupe sur le suicide créé à la suite de la Conférence interministérielle de la santé publique du 13 juin 2005 devait présenter, le 16 février dernier, un rapport sur son travail. Ce rapport devait notamment dresser un inventaire du dispositif socio-sanitaire d’aide aux personnes ainsi que des bonnes et mauvaises pratiques. Des recommandations pour la mise en œuvre de la recommandation OMS devait également être formulées.

Mes questions sont donc les suivantes :

- Ce rapport du sous-groupe suicide a-t-il été présenté ? Des manques éventuels ont-ils été constatés ? Quelles sont les recommandations contenues dans ce rapport ?
- Quelle suite est réservée à ce rapport ? Quelle est la prochaine mission du « sous-groupe suicide » ?
- En ce qui concerne la formation des professionnels de la santé, quel type d’information est actuellement dispensée au cours des études des dispensateurs de soins en matière de prévention du suicide des personnes âgées ? Des outils de sensibilisation sont-ils mis à leur disposition ?

Je vous remercie.

Mme Catherine Fonck, ministre de l’Enfance, de l’Aide à la jeunesse et de la Santé : La problématique du suicide a surtout trait, quel que soit l’âge de la personne, aux questions de son intégration, de la place et de la reconnaissance qu’elle trouve dans ses liens familiaux, sociaux ou professionnels.

La prévention ne s’organise donc pas par une campagne ou par une action spécifique. Il faut plutôt agir sur une série de déterminants qui relèvent de nombreuses autres politiques que celle de la prévention. Je pense notamment à l’aménagement du territoire, à l’emploi, à l’aide aux personnes âgées ou à l’enseignement. Je pourrais citer la quasi-totalité des compétences, quel que soit le niveau de pouvoir.

Cela n’enlève évidemment rien à l’intérêt de certaines initiatives qui visent à valoriser, à un moment donné, certaines pratiques afin qu’elles soient, le cas échéant, étendues. C’est bien dans ce cadre que j’ai soutenu le projet pilote « Home Sweet Môme ». Ce projet a pour ambition de développer des actions qui renforcent les liens intergénérationnels et qui favoriseraient les contacts sociaux. Ce projet est d’ailleurs toujours en cours, principalement à Bruxelles. Il sera évalué à l’issue de sa première année de fonctionnement, donc à la fin 2007, et sera, le cas échéant, reconduit voire élargi.

Le projet de formation des « sentinelles » est inspiré du modèle canadien. Il a été mis en évidence
lors de la recherche menée en Communauté française sur l’identification des déterminants du suicide. Beaucoup de personnes peuvent être désignées comme « sentinelle » comme les enseignants, le personnel des centres PSE et PMS, c’est-à-dire tous les intervenants de première ligne. Il sera nécessaire de les former et de les sensibiliser à la réalité du suicide et à la détection précoce des individus à risque. Je pense notamment à des professions à risque comme la police. Comme on le sait, le taux de suicide dans certaines catégories professionnelles est particulièrement élevé.

Cette proposition et l’ensemble des recherches menées en Communauté française ont été présentées
au groupe de travail sur le suicide constitué par la task force « soins santé mentale » de la Conférence interministérielle sur la Santé au printemps 2007. J’attends évidemment de ce groupe de travail qu’il progresse dans la concrétisation de cette proposition. C’est vrai que la période de latence que nous vivons actuellement sur le plan fédéral ralentit également le groupe de travail puisque celui-ci était présidé par le représentant du ministre fédéral de la Santé.

Il est exact que la dernière réunion du groupe de travail intercabinets, donc de cette task force « soins santé mentale » pour le sous-groupe de travail sur le suicide a eu lieu en février 2007. Le groupe a été instauré en continuité de la Conférence interministérielle de la Santé publique. Lors de cette réunion, le directeur du Centre de prévention du suicide a présenté le rapport du Conseil supérieur d’hygiène, travail intitulé Dépression, dépressivité et suicide. Il était mandaté et a donc participé aux travaux ainsi qu’à la rédaction du rapport.

Les recommandations contenues dans ce rapport portent sur la nécessité de voir les autorités développer un large programme de soins cohérents autour de la problématique de la dépression et du suicide. Il formule des recommandations et des propositions d’action qui portent sur dix thèmes : la promotion de la santé mentale et l’éducation à la santé et prévention ; un programme de soins avec les acteurs locaux qui collaborent dans une région spécifique pour offrir des soins concrets aux personnes concernées ; l’installation d’un réseau efficace de disciplines et de structures complémentaires pour la prise en charge des dépressions et des suicides ; l’identification précoce des situations à risque dont les troubles mentaux et la dépression en particulier ; l’intervention de crise ; la formation ; le soutien aux professionnels ; les actions visant les proches ; la communication et médias ; les recherches épidémiologique et scientifiques, et l’évaluation. J’espère que nous pourrons bientôt reprendre ces travaux.

Par ailleurs, la prévention du suicide des personnes âgées fait partie intégrante des compétences à acquérir par les étudiants et le personnel de la santé susceptibles d’être en rapport fréquent et étroit avec ces personnes.

Ma collègue Marie-Dominique Simonet s’est renseignée auprès de plusieurs institutions d’enseignement afin de voir si ce thème était effectivement traité. Les hautes écoles ont inscrit dans leurs programmes plusieurs cours intéressant ce problème sociétal dans des formations comme celles de bachelier en soins infirmiers, d’assistant en psychologie, d’ergothérapeute, et dans les spécialisations en santé mentale et psychiatrie ou en gériatrie et psychogériatrie.

Évidemment, cette thématique est également abordée dans le cadre d’études universitaires telles que la médecine générale ou la gériatrie, la psychiatrie ou encore les sciences psychologiques et d’éducation.

À ma connaissance, ces formations ne recourent pas systématiquement à ces outils de sensibilisation. Cela reste à l’appréciation des enseignants et cette autonomie doit, je pense, être respectée.

Mme Monique Willocq (cdH). : – Je regrette que les futures infirmières n’aient pas systématiquement cette matière dans leur programme de formation. Il faudrait me semble t-il repenser leur programme de cours.

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